Qu’est-ce que c’est ? Comment ça marche ?
Souvent attaqué, régulièrement caricaturé, le régime de l’intermittence est pourtant indispensable à de nombreux et nombreuses travailleurs.euses du Spectacle. Retour sur son fonctionnement et sur les enjeux politiques qu’il cristallise.
L’intermittence : une conquête sociale née des luttes du travail culturel
Le régime de l’intermittence est un dispositif spécifique de l’assurance chômage, destiné aux artistes et technicien·nes du spectacle dont l’activité est, par nature, discontinue. Il vise à sécuriser les parcours professionnels dans des secteurs où l’alternance entre périodes travaillées et non travaillées est structurelle.
C’est pour répondre à cette réalité qu’a été construit le régime d’assurance chômage des intermittent·es du spectacle. Non comme un privilège, mais comme un outil de justice sociale, permettant à des salarié·es de vivre de leur métier malgré l’irrégularité de l’emploi.
Qui est concerné ?
Le régime de l’intermittence concerne les technicien·nes et artistes du spectacle relevant des annexes 8 et 10 de l’assurance chômage. Ces salarié·es sont embauché·es sous contrats à durée déterminée d’usage (CDDU).
Le principe général
Le régime repose sur une idée simple : les périodes travaillées ouvrent des droits, permettant une indemnisation chômage lors des périodes non travaillées.
La condition d’ouverture des droits
Pour ouvrir ou renouveler des droits, il faut justifier de 507 heures de travail sur douze mois, auprès d’un ou plusieurs employeur·ses du Spectacle.
Cette exigence, élevée, rappelle une réalité souvent oubliée : l’intermittence n’est pas un régime de l’inactivité, mais celui d’un travail intense, concentré, souvent mal rémunéré et toujours incertain.
Sans ce régime, une grande partie des travailleur.ses du Spectacle disparaîtrait. La culture serait alors moins diverse, moins accessible, plus inégalitaire.
Pour autant, la règle des 507h, présentée comme un seuil technique, est en réalité une frontière sociale. La raréfaction des financements, la concentration de l’emploi, la sous-traitance et l’ubérisation fragilisent les parcours. Chaque heure compte. Chaque contrat aussi. Et lorsque l’activité baisse — crise sanitaire, baisse des budgets, inégalités d’accès à l’emploi — c’est tout l’équilibre de vie qui vacille.
L’indemnisation
L’allocation journalière dépend :
- des salaires perçus
- du nombre d’heures travaillées
- d’une base fixe (différente pour l’annexe 8 et l’annexe 10)
Une fois les droits ouverts, l’indemnisation est possible au mieux sur douze mois, tant que les conditions sont remplies et que des jours indemnisables restent disponibles.
L’allocation chômage permet d’assurer une continuité de revenu là où l’emploi reste morcelé. Sans cette indemnisation, nombre de professionnel·les seraient contraint·es de quitter leur métier — emportant avec elles et eux une part des savoir-faire et de la création culturelle.
Enjeux et débats récurrents
Le régime de l’intermittence est régulièrement présenté comme coûteux, dérogatoire, voire abusif.
Depuis plus de vingt ans, il est régulièrement attaqué au nom de la réduction des dépenses publiques, de la lutte contre les « régimes dérogatoires », et d’une volonté de mise en conformité avec un marché du travail flexibilisé.
Ces attaques ne sont pas neutres. Elles s’inscrivent dans une orientation politique plus large : individualiser les risques, affaiblir les protections collectives, faire peser sur les travailleurs et travailleuses la responsabilité de la discontinuité de l’emploi.
En ce sens, l’intermittence est un point de résistance. En effet, sans ce régime une grande partie de l’activité du spectacle vivant et enregistré serait tout simplement impossible
Par ailleurs, ces discours masquent plusieurs réalités toujours bonnes à rappeler :
- Il ne s’agit pas d’un “statut”, mais bien d’un régime d’assurance chômage ;
- les intermittent·es sont les seuls seuls salarié.es à avoir encore une cotisation salariale assurance chômage ;
- l’ouverture de droits est conditionnée à un volume de travail élevé ;
- l’indemnisation peut être fortement limitée en fonction des mécanismes de franchises et carences ;
